(Le Soleil-MC) - Vous les voyez, vous les frôlez dans les lieux les plus divers : parcs, librairies, hôpitaux, écoles, salles de spectacles, édifices gouvernementaux... Ces sculptures, peintures et tapisseries sont implantées pour longtemps dans votre quartier, votre lieu de travail ou votre aire de divertissement. Sans trop le savoir, vous vivez avec des œuvres d’art intégrées à l’architecture! Chaque dimanche, d’ici la fin de l’été, nous vous proposons un petit voyage culturel dans votre propre ville, à la découverte d’une œuvre d’art public et à la rencontre de son auteur. Aujourd’hui : Salix, de Carole Baillargeon, au parc Masson-Père-Lelièvre. Vous retrouverez également ces textes tout au long de l’été à l’adresse http://www.cyberpresse.ca/artpublic.
Pleure-t-il, ce saule, trônant seul au milieu du parc Masson-Père-Lelièvre? Ou, du haut de ses quatre mètres, rit-il de la pollution de la ville qui ne l’altère pas et du bruit des voitures qui ne le dérange pas? Si le Salix de l’artiste Carole Baillargeon pouvait parler…
Prêtant sa voix à son œuvre, Mme Baillargeon explique que salix veut dire «saule» en latin. Première œuvre publique de l’artiste à l’extérieur, cet arbre est constitué de cylindres d’aluminium courbés. Ses quatre troncs symbolisent les saisons. L’espace vide des feuilles incarne l’hiver. Cassées, les branches ployant sous leur propre poids incarnent le temps qui passe. Alors peut-être pleure-t-il…
Et pourtant! La base en béton sur laquelle il repose lui permet de résister aux dommages du gel et du dégel. Son écorce texturée invite les plus curieux à le caresser. Le vert de son feuillage évoque la plénitude. La sérigraphie de ses feuilles représente les bourgeons naissants du printemps. Quelle rêverie!
Mais tôt ou tard, les vis qui retiennent les feuilles aux branches rappellent aux spectateurs que Salix est une œuvre urbaine. Les matériaux utilisés doivent lui permettre de durer. «Ce n’est pas une imitation d’arbre. C’est l’aveu de la tâche», affirme Mme Baillargeon, titulaire d’une maîtrise en arts visuels.
Elle aurait pu retoucher ces vis, mais elle les a acceptées. Comme les troncs qu’il a fallu boucher pour éviter l’accumulation de déchets et les nids d’oiseaux, sécurité oblige.
En 2006, la Ville de Québec a lancé un appel d’offres afin d’embellir le parc Masson-Père-Lelièvre, dans le quartier Les Saules. Déjà là, une piste se dessinait. La Ville exigeait une référence aux arbres pour harmoniser l’œuvre au parc nouvellement aménagé. C’est alors que Salix a pris forme dans la tête de Carole Baillargeon et que sa proposition a été acceptée.
La vue et le toucher
Avec 30 000 $ pour le matérialiser, elle a construit plus de 60 maquettes avec son collaborateur, Jean-Robert Drouillard, de la coopérative d’artisans producteurs d’arts visuels Bloc5. Ensemble, ils ont mis trois mois à texturer et anodiser l’écorce pour que les spectateurs puissent y toucher sans gêne. La créatrice adore jouer sur le toucher, une «façon de communiquer», mais aussi d’apprécier une œuvre autrement que par les yeux.
À l’automne 2007, les citoyens du quartier ont été très contents de l’installation, selon Mme Baillargeon. «D’habitude, les gens se sentent envahis, mais le parc, un ancien terrain contaminé, était réaménagé en même temps», mentionne-t-elle. Grâce au don de Jean-Charles Massicotte, un homme d’affaires de la région et amateur d’art, Mme Baillargeon a fait de ce petit parc une curiosité.
Certains artistes lèvent parfois le nez sur les œuvres d’art urbaines, trop commerciales à leur goût. «Les contraintes peuvent être très créatrices», défend Carole Baillargeon. Elles ne diminuent en rien la qualité du processus artistique, selon elle.
Et quand Mme Baillargeon discourt sur la démarche des artistes, elle sait de quoi elle parle.
Depuis 2006, elle dirige la Maison des métiers d’arts de Québec, où elle a enseigné pendant huit ans. Avant de stabiliser sa carrière au Québec, elle a voyagé partout avec ses œuvres : au Québec, bien sûr, mais aussi en Slovaquie, au Mexique, en France et même en Nouvelle-Zélande.
Au premier coup d’œil, ses œuvres retiennent le regard : les Robe tubercule I et II, la Robe sapin, la Robe outil : coiffeur, etc. Mais d’où provient cette fascination pour le vêtement? Pour cette bachelière en scénographie, il s’agit d’un véhicule familier, porteur de l’expérience humaine. Le vêtement se confond avec le corps humain. À travers lui, Carole Baillargeon parle de l’être humain, tout simplement.
Faut-il s’étonner qu’elle souhaite réaliser une œuvre dans son quartier, Saint-Roch, en rapport avec le textile? «Lorsque des promoteurs construiront des immeubles sur le stationnement derrière La Fabrique, j’aimerais ça juste un petit bout de terrain pour une œuvre», confie-t-elle, l’air rêveur.
Publié par : Marcel Charland
à 09:08:52
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